Le Complexe du Phoenix

Le Phoenix, cet oiseau flamboyant mourant dans un feu pour renaître par lui. Quel puissant symbole pour le cycle de la vie, le cycle du changement, de la destruction et de la création. Car il n'y a pas de mouvement, d'évolution, de création, sans destruction. Quelque chose doit s'éteindre, être transformé, devenir autre, pour que la nouveauté puisse en émerger. C'est une des plus ancienne leçon de la vie. Elle semble de ne pas être faite pour rester stable, pour stagner.


C'est ainsi que jeune adolescente, j'en étais venue à cette métaphore : la vie est comme une rivière, s'écoulant avec fluidité, toujours en mouvement, jamais la même. Mais nous sommes terriblement effrayés par la transformation, le changement, car ils sont toujours la mort de quelque chose, et nous avons peur de toutes les sortes de mort, de l'inconnu. Notre mental veut savoir, contrôler, être sûr. Et il n'y a aucun contrôle dans le courant sauvage d'une rivière. Donc nous essayions d'attraper un rocher, et de nous y agripper. Mais la vie n'est pas faite ainsi, et le courant nous frappe, avec violence, et nous souffrons. Il est difficile de lâcher le rocher, nous ne savons pas où la rivière nous emmène. La suivre, c'est mourir à notre ancien Soi, et embrasser les ténèbres de l'Inconnu. Cependant, nous pouvons nous demander : dans quelle situation nous sentons-nous le plus vivant ? Est-ce dans la stagnation de nos habitudes, dans le confort du bien connu, ou dans le vide de l'inconnu, dans la joie de nous sentir devenir neuf, ressuscitant par le feu ?

La réponse à cette question était bien évidente pour moi : je veux vivre intensément. Je veux ressentir toute la diversité des sentiments humains, vivre de nombreuses vies en une, être des personnes différentes sur le chemin, regarder derrière moi, à la fin du film, et penser : « Quelle vie j'ai vécu ! Chère Mort, tu peux venir me chercher, mon travail ici est accompli ! »


Adolescente, j'ai aussi écrit : « je veux vivre ma vie comme si je courais nue dans la forêt ».

Mais est-ce que mon mental ne tente pas néanmoins de s'accrocher aux rochers ? Oh si. Le mental fait ce qu'il fait toujours : il essaye de rendre stable un monde qui ne l'est pas avec des mots, des cases, des habitudes, des définitions étroites de nos identités. Donc moi aussi je tremble devant le vide, comme tout être humain. Mais je me rappelle toujours : si tu as peur, mais que tu peux entrapercevoir de l'intensité, la possibilité d'évoluer, de faire des expériences passionnées, quand tu regardes dans cette direction, c'est le chemin à prendre. Et après il ne me reste qu'à me donner un bon coup de pied au cul, prendre une grande inspiration et sauter dans l'inconnu.

Et j'ai découvert que j'adore évoluer, en étant pleinement consciente de cette évolution. J'aime mourir à moi-même et revenir à la vie régulièrement, avec cette rafraîchissante liberté de pouvoir me réinventer. J'ai donc été suivie en thérapie, et je continue toujours, mais surtout par moi-même. J'essaye toujours d'étendre les limites de mon esprit grâce à des questionnements philosophiques, des expériences spirituelles... Je suis accro au changement. Accro au sentiment que je peux devenir autre, que je gagne de la liberté d'être, cet espace intérieur qui permet de respirer pleinement, et d'être émerveillés par ces propres possibilités.

Le changement le plus récent que j'ai connu était au sujet de mon genre. En m'intéressant à la théorie du Genre, j'ai fait cette merveilleuse découverte : je peux choisir moi-même la case de mon genre. Il n'a pas à être le même que celui qu'on m'a attribué à la naissance. Quel incroyable don de liberté ! Je peux être « genderfluid », c'est-à-dire me sentir voguer librement d'une expression du féminin, à une du masculin, ou de la neutralité. Je n'ai pas à être, à me comporter comme un homme ou une femme, mais je peux jouer avec ces idées, ces jolies cases, sans restrictions. C'est la dernière chose en date qui a étendu les limites de ma pensée, mais ce type de rdécouvertes m'arrivent régulièrement. C'est ainsi que les boîtes disant ce qui est « une activité sexuelle normale », « un orgasme », « une relation amoureuse », « la jalousie », « mon identité », « mon genre », « une carrière », ont explosé les unes après les autres.

Donc nous pourrions dire que la chose la plus stable dans mon identité est l'instabilité. Est-ce fatiguant ? Je ne vais pas vous mentir, parfois ça l'est. Quand je suis dans une période de « pause » dans mon évolution, étant un peu plus stable pour un temps, profitant de ce que j'ai appris sans nouvelles idées bouleversant ma conception de moi et du monde, j'apprécie le repos, comme une bonne sieste. C'est aussi un temps pour intégrer toutes les nouvelles choses que j'ai découvert. Mais à chaque fois que je pense : « je suis allée si loin, j'ai tellement évolué. J'ai à présent tellement de joie et de liberté dans ma vie, cela ne pourrait être mieux », la rivière m'emmène alors plus loin. Je suis son flot, découvrant un nouvel horizon, de nouvelles terres jamais atteintes, encore plus belles que celles que j'ai quitté.

Je me sens dans cette vie comme une exploratrice : voyageant toujours plus loin, toujours plus haut, toujours... différente. Et tant de personnes sont là pour me donner la direction du prochain pas à faire, et tant d'autres sont là pour me soutenir. Il y a toujours des moments dans lesquels je me sens mal, et perdue, et bizarre. Mais il y en a tellement dans lesquels je me sens comme la personne la plus chanceuse du monde.


Quand j'ai eu 25 ans, je n'ai pas vraiment pensé « Oh m... , je suis une adulte maintenant, la fête est finie ». J'ai pensé : « J'ai déjà eu une vie plus remplie que beaucoup de personnes. J'ai vécu tant d'expériences, j'ai pris tellement de risques, qui en valait toujours la peine, ma liberté de penser s'est tellement agrandie. Et j'ai été aimée, profondément, pour qui je suis vraiment. Et j'ai aimé, avec tout mon cœur, avec toute ma passion, avec toute ma tendresse. Toutes les erreurs et les moments sombres ne font que rendre cette histoire plus magnifique. Je m'en suis bien tirée, pour cette vie. Si je meurs demain, ce sera bon pour moi. Ainsi chaque nouveau jour à vivre sera juste un bonus ».

Un an et demi a passé depuis cette pensée. J'ai maintenant le sentiment que tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai été avant mes 25 ans m'a juste permis d'aller encore plus loin. Chaque jour est un bonus, même si parfois je l'oublie. Chaque jour est une nouvelle occasion d'apprendre, de changer, de créer, d'aimer. Je vois tellement de chance ici, et je veux la partager, avec autant d'humains que je peux.


Laissons le Phoenix vivre, laissons le Phoenix mourir. Laissons le Phoenix être, car être, c'est se transformer.


J'envoie plein d'amour et d'appréciation à la personne lisant ce texte, et moi je suis prête, prête pour vivre un autre jour.


Emy Phoenix


Dans mes articles, je fais beaucoup d'affirmations. C'est difficile pour moi car en tant qu'ancienne étudiante en philosophie, je voudrais expliquer en détail ma pensée et donner des arguments solides, mais cela ne convient pas au court format de ces articles. Je voudrais juste préciser que je ne prétend pas dire une vérité générale, juste ma propre vérité à ce moment précis de ma vie, qui va changer et évoluer au fil du temps.

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