Burning Man 2016 : une découverte

Que dois-tu brûler pour devenir qui tu es vraiment?

Je suis allée au Burning Man (si tu ne sais sais pas ce que c'est, google est ton ami...) pour la première fois il y a deux ans, et je me prépare à y aller pour la seconde fois. Il est donc temps de faire le point sur ce que j'ai appris de ma première expérience là-bas.



Le premier endroit où je pouvais être tout ce que je suis


Après quelques jours dans le désert, j'ai réalisé quelque chose : en tant que nouvelle burner, j'aurais pu être juste complètement abasourdie face à toute la liberté, la diversité et la folie de tous ceux autour de moi. J'aurais pu avoir besoin d'un temps pour m'adapter, ou avoir l'impression que ma vision du monde venait de prendre un énorme coup dans les dents, ou au moins être un peu gênée de voir passer toutes ces personnes nues. Cela n'a pas été du tout comme ça pour moi. Plutôt le contraire en fait : j'ai eu le sentiment que le monde extérieur correspondait enfin à mon monde intérieur. Que tout ce qu'il y avait autour de moi avait enfin un sens.

Dans ma vie habituelle, je peux exprimer toutes les parts de moi, mais jamais au même endroit. Mon côté spirituel va s'exprimer dans un groupe de méditation, mon côté BDSM dans une soirée BDSM, mon côté slut dans un club de strip... Chacun de ces endroits a son propre code vestimentaire, et son propre code comportemental. Au Burning Man, pour la première fois de ma vie, je me suis sentie entière. Je pouvais mettre mes vêtements de strip et aller à des workshops spirituels. Je pouvais porter tout ce que je souhaitais sans jugement des autres, ou ne rien porter du tout sans qu'un mec louche stupidement sur mes seins. Et même si j'adaptais toujours mon comportement à l'endroit où j'étais, dans le but de profiter pleinement de l'expérience, je n'avais pas une seule seconde à cacher que je me comporte différemment dans d'autres endroits.

Je me suis sentie plus libre que jamais, et à la maison.


Communauté et responsabilité : l'hippie responsable et organisé


Pendant mon adolescence, j'étais une sorte de hippie (et je le suis sûrement toujours). Hippie est le mot le plus général pour décrire mon groupe social de l'époque, mais il s'agissait plutôt d'une fusion avec le mouvement punk, ce qui donnait plus de « essayons d'être le plus bourré et défoncé possible en dépensant le moins d'argent possible » et moins de « peace and love ». 

Et ils ont des valeurs spécifiques, comme tout groupe social. Quand on va à un festival, qu'est-ce qui est « cool » de faire ? Si tu as une place gratuite où que tu fraudes pour entrer sans payer, tu es cool. Si tu bois l'alcool le moins cher et le plus fort possible, tu es cool. Si ton sac est presque vide parce que tu as juste besoin de deux tee-shirts (pour le caleçon, tu peux toujours le retourner le deuxième jour pour l'utiliser encore), tu es cool. Pour résumer, plus tu t'en fous de tout, plus tu es respecté. J'ai essayé d'être comme ça pendant des années, et il m'a fallut longtemps ensuite pour ne plus avoir honte d'acheter quelque chose de cher ou de prendre une énorme valise pour voyager.

Puis je suis allée au Burning Man, et j'ai rencontré des hippies responsables et organisés. Le Burning Man a des principes comme « auto-suffisance », « effort commun », « responsabilité civique », et « ne pas laisser de traces ». Si tu veux survivre dans le désert, être auto-suffisant, et en plus de ça donner, et aider les autres, tu dois être organisé. Tu dois réfléchir avant pour préparer tout au mieux. Si tu amènes beaucoup de choses utiles et fun pour toi et les autres, tu es cool. Si tu amènes de la bonne nourriture, du bon alcool, n'importe quoi de bon ou de beau, même si c'était cher, tu es cool. Et tu es là pour donner, pas pour prendre. Donc si tu payes ta place, tu es cool. Tu peux même payer ta place plus chère pour faire une donation.

Tout le monde encourage tout le monde à être responsable : en montrant l'exemple d'aider les autres, de ramasser ce qui traîne par terre, en rappelant à ses amis de boire de l'eau, en se portant volontaire... C'était la première fois que j'étais entourée par autant de personnes comme ça. Cela m'a rendue plus responsable, et avec un sens de la communauté que je n'avais pas vraiment développé auparavant. Et cela m'a donné foi en l'humanité.



S'aimer soi-même pour aimer les autres


J'ai été accueilli dans ce camp plutôt familial, et ils m'ont proposé de participer à un exercice surprise. C'est ainsi que j'ai découvert l'Exercice du Miroir. Face à ce miroir, il s'agit de se regarder dans les yeux, et de s'appeler par son nom pour se dire tout ce qu'on aime chez soi, et s'excuser pour toutes les fois où on s'est jugé. Ce n'est pas facile, et laissez-moi vous prévenir, il y a de grandes chances d'être en larmes à la fin. Pourquoi ? Parce qu'on ne s'aime vraiment pas nous-mêmes. Quand vous marchez dans la rue, regardez les personnes que vous croisez : au moins la moitié se juge pour quelque chose aujourd'hui.

A la fin du festival, j'ai commencé à m'aimer beaucoup mieux, et j'ai noté quelque chose. Par exemple, quand je pense sincèrement que je suis belle, comme je suis, que je ne regarde même pas mon ventre avec suspicion, alors je pense que toutes les femmes autour de moi sont belles, exactement comme elles sont.

Grâce au Burning Man, j'ai appris que nous jugeons les autres uniquement parce que nous nous jugeons nous-mêmes. Et même si certaines choses restent (je regarde toujours à mon ventre avec suspicion alors qu'il n'a rien fait pour mériter un tel traitement), après tout le travail intérieur que j'ai fait, je m'aime plus que je ne me suis jamais aimé, et je peux aimer les autres plus que ce dont j'ai jamais été capable.



Une intimité non sexuelle


Au Burning Man, les gens se serrent beaucoup dans les bras. Et dans mon camp nous avions un grand espace rempli de gros nounours en peluche... pour y faire des câlins. Pour la première fois, j'ai entendu parler de cette « non sexual intimacy ». J'ai réalisé que je n'avais fait de longs câlins qu'avec des personnes avec qui je couchais. Grâce à ce festival, et à beaucoup d'expériences que j'ai eu depuis, j'ai appris comment interagir avec le corps de quelqu'un d'autre, avec douceur et affection, sans qu'il y ait une connexion sexuelle entre nous.


Consentement


J'ai pris conscience au Bruning Man, lors d'un atelier de danse tantrique, que j'avais quelques problèmes de consentement. Ils pouvaient prendre de nombreuses formes : avoir un partenaire sexuel, sentir qu'il attend que l'on refasse l'amour, mais n'en avoir plus très envie et sentir une pression à le faire quand même, ou encore laisser un homme qui me drague mais ne me plaît pas mettre sa main sur ma hanche en pensant « ce n'est pas si grave »... J'ai été frappée par la difficulté pour une femme de savoir clairement ce qu'elle veut ou pas, et d'exprimer ses limites et désirs.

Quelques jours plus tard, j'ai participé à un atelier sur le consentement, et depuis, j'ai parlé avec beaucoup de femmes, qui ont toutes des problèmes de consentement parfois, et ne savent pas comment gérer certaines situations. J'ai donné un atelier sur le consentement pour strip-teaseuses à Sydney. Et je sais maintenant merveilleusement bien vérifier en moi-même si je veux quelque chose ou non, et savoir l'exprimer à quelqu'un.



Première expérience de bondage en suspension


J'ai aussi fait là-bas du bondage en suspension pour la première fois. J'étais curieuse de cette pratique depuis mes 17 ans, lorsque je dévorais des yeux les photos de bondage qu'une amie à moi publiait. C'était un événement public. Il était possible de venir regarder, ou de se mettre sur la liste pour essayer, et toutes les heures ils choisissaient cinq personnes au hasard. Je me sentais prête, dans le moment présent, et j'étais sûre que j'allais le faire. Et j'ai été choisie. Celui qui m'attachait l'a fait d'une manière si sensuelle, et pour la première fois j'ai senti ce que c'était d'abandonner son pouvoir, de faire confiance à la vie en faisant confiance à quelque d'autre pour prendre soin de soi. C'était très proche d'une méditation, et à la fin il est commun d'avoir un lâcher d'endorphines. Qui a besoin de drogues ?

Depuis, j'ai plus exploré le bondage et le BDSM, cela m'a apporté énormément de joie, m'a beaucoup appris sur moi-même, et tout a commencé dans le désert du Nevada.



Donner est facile lorsqu'on sait qu'on va recevoir


Oui, il n'y a pas d'argent au Burning Man. Donc, est-ce que le système économique est le troc ? Non, c'est le don. Tout préparer pour soi, mais aussi penser aux autres, à ce que tu pourrais leur donner. Cela peut-être un sourire, un câlin, faire des petit déjeuners, donner un atelier, un massage, une performance artistique, du body painting... Et pendant que tu te demandes : « comment puis-je donner plus ? », tu reçois énormément. Parce que tout le monde se pose la même question que toi. Tu reçois quelque chose tout le temps : un café, une douche, un gentil compliment, un soutien émotionnel si tu en as besoin...

Revenant dans le monde normal, quelque chose m'a frappé : si nous sommes si effrayés de donner, c'est parce que nous pensons que nous n'allons pas recevoir. Nous avons peur de manquer de quelque chose : d'argent, de possessions matérielles, et plus important, d'amour. Il faut croire que nous allons recevoir et qu'on va prendre soin de nous pour pouvoir donner librement aux autres.


Je vais m'arrêter là. Je n'ai pas parlé de la Forgiveness Box au Temple, ni de l'atelier de Méditation Orgasmique, ni de la sculpture artistique que j'ai aidé à construire... peut-être en parlerais-je une autre fois. Pour le moment, me rappeler tout cela me donne un immense sentiment de reconnaissance pour le temps passé au Burning Man il y a deux ans, et une montée d'émerveillement pour les graines que cela a planté, qui ont depuis poussé d'une manière incroyable.

Cette année, je vais avoir une expérience totalement différente. Je suis prête à travailler beaucoup plus, à participer autant que je peux. Aussi je n'ai pas l'envie de beaucoup faire la fête, et pas du tout celle de prendre de la drogue. Mon intention est de donner, d'aider, et d’emmagasiner de nouvelles connaissances qui me serviront dans mes projets. Je n'en dirais pas plus pour le moment... car qui sait ce qu'il va réellement se passer. Mais je suis impatiente de vous dire tout à propos de mon expérience de cette année, quand je reviendrais couverte de la poussière du désert, et changée.


Avec tout mon amour,


Emy Phoenix

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